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Flying Taurus : Blog Chrétien

Analyse

25 Mars 2020 , Rédigé par Flying Taurus Publié dans #Philosophie

On ne peut pas faire l'impasse d'une réflexion sur ce sujet à notre époque. L'Islam est de plus en plus présent, non seulement sur la scène internationale mais aussi en France, où l'on pense qu'il y a au moins 5 millions de musulmans qui résident dans notre pays, dont la moitié à peu près sont français. Même si nous n'avons pas de certitude absolue sur les chiffres, la France ne tenant pas compte de l'appartenance confessionnelle pour les recensements, on voit bien que l'Islam est de plus en plus présent.
Il convient donc de s'interroger sur ce qu'est l'Islam, car il est vraiment indispensable à notre époque, en tant que chrétien, de le connaître, pour éviter deux attitudes également préjudiciables. D'une part, la diabolisation des musulmans, qui consisterait à dire que tous les musulmans sont des terroristes en puissance. D'autre part, l'idéalisation systématique, qui voudrait voir dans l'Islam une religion merveilleuse, une religion équivalente au christianisme. Les deux attitudes sont injustes et malhonnêtes.
Comme le recommande Saint-Paul, nous allons donc tenter d'allier la Vérité à la Charité : Vérité sur la doctrine et Charité envers les personnes. Ceci est d'autant plus important que l'Eglise, depuis Vatican II, nous demande d'entrer en dialogue avec les musulmans.
Pour entrer dans un dialogue fructueux, nous devons savoir qui sont les musulmans, ce qu'ils croient, et aussi savoir qui nous sommes nous-mêmes. Il est donc bien important dans la rencontre avec les musulmans de bien se situer comme chrétiens également.
L'Islam s'inscrit-il dans la révélation biblique ?
L'Islam est né au VIIème siècle, après le Judaïsme et le Christianisme. On pourrait penser que, puisqu'il y a des références bibliques dans le Coran, l'Islam s'inscrit dans la révélation biblique. Nous allons tenter d'avoir un regard de clarté sur cette question à partir de trois concepts souvent mal compris : la clarté étant le maître mot du dialogue.
1) l'Islam comme monothéisme
2) l'Islam comme religion Abrahamique
3) l'Islam comme religion du Livre
L'Islam comme monothéisme
Peut-on dire que l'Islam est un monothéisme ? Nous savons que le Christianisme est un monothéisme. Mais l'Islam est d'une autre nature que le monothéisme chrétien. D'une part, parce que l'on croit souvent à tort que les musulmans ont le même Dieu que nous. En réalité, du point de vue objectif, il est évident que les musulmans ont le même Dieu que nous : il n'y a qu'un seul Dieu créateur et provident pour toute l'Humanité, y compris pour ceux qui rejettent cette vérité ou pour ceux qui l'ignorent. Donc, de ce point de vue évidemment les musulman ont le même Dieu que nous. Mais la différence vient de ce que les musulman n'ont pas la même conception de Dieu, parce que le Coran leur enseigne autre chose. C'est donc un monothéisme d'une autre nature.
Au coeur de l'Islam se trouve l'adoration d'un Dieu unique, par opposition au monothéisme chrétien où nous adorons un Dieu un et trois : c'est la trinité. Les musulmans adorent un Dieu un et seulement un. On parle d'"unicité" en Islam. Or l'unicité n'est pas la trinité. Pour nous chrétiens, la trinité n'est pas incompatible avec la notion d'unité : un Dieu unique peut être un en trois personnes. C'est pourquoi nous n'adorons pas avec le musulman le même Dieu. Dire que nous adorons avec les musulman le "Dieu un" serait une erreur. Mieux vaut dire pour nous chrétiens que nous adorons le Dieu "unique". Le Dieu "un" évoque trop le monothéisme radicalisé et strict comme l'enseigne le Coran.
Pourquoi n'adorent-ils pas le Dieu trinitaire ? Simplement parce que le Coran refuse de s'aventurer vers la connaissance du mystère intérieur de Dieu. Et bien sûr, il refuse le message de Jésus Christ tel que rapporté par les évangiles.
Qui est le Dieu du Coran ?
Le Dieu du Coran est un Dieu solitaire, qui ne se donne pas, qui ne se partage pas, qui ne dialogue pas et qui ne conduit pas une Histoire avec l'Humanité. Et pourtant, lorsqu'on lit le Coran, on voit qu'il y est question d'une trinité - d'une triade en réalité. Il y a Dieu, auquel les chrétiens sont accusés d'associer deux divinités : Marie et Jésus. C'est un reproche très vigoureux qui revient plusieurs fois dans le Coran et c'est une conception des choses qui est vigoureusement combattue. A plusieurs reprises, le Coran dit "ne dites pas trois". Cela est plus ou moins associé à du polythéisme : ce n'est pas Dieu, c'est l'association de deux personnes au Dieu unique. On parle en Islam d'"associationnisme" ou "chirk" en arabe. Ce péché d'associationnisme est pour la doctrine musulmane le seul péché irrémissible : le seul péché que Dieu ne pardonne pas.
Or, nous savons nous chrétiens que par Jésus Christ, Dieu se révèle comme Dieu d'Amour dans son être-même. En Islam, il n'est pas possible de s'interroger sur l'être-même de Dieu. Quelque qualificatifs coraniques illustrent bien cela : le Dieu de l'Islam est un Dieu "souverain", 'tout autre" (pour nous aussi cela est vrai) mais surtout "inconnaissable", "inaccessible", "impénétrable". Le musulman n'a donc pas le droit de s'interroger sur "qui est Dieu?". Or, le chrétien a la chance de savoir qui est Dieu - Dieu est Amour - par la révélation que nous en a faite notre Seigneur Jésus Christ. C'est vrai que nous ne connaissons pas vraiment Dieu, mais pour nous Dieu est indicible mais connaissable par Jésus Christ. Jésus qui dit "qui me voit voit le père". Donc il nous apprend à connaître Dieu.
Cet éloignement de Dieu par rapport à l'Humanité en Islam fait que Dieu est pour les musulmans un Dieu transcendant et seulement transcendant. Il n'y a pas d'immanence dans l'Islam. D'ailleurs, ce sens de la transcendance, nous chrétiens avons souvent tendance à l'avoir perdu. L'Islam peut nous apporter et nous faire redécouvrir le sens de la transcendance de Dieu.
Comme le Dieu du Coran n'est pas un Dieu proche de l'homme ni trinitaire, l'Islam ignore aussi la paternité de Dieu, d'un Dieu père. Quand des chrétiens parlent à des musulmans d'un Dieu père, cela est est compris pour eux dans une acception biologique et non pas spirituelle. Il faut dire que la notion de génération par l'Esprit n'existe pas en Islam. Dans le Coran il est dit "Dieu n'engendre pas, il crée". Cela est contraire au credo chrétien, puisque nous récitons tous les dimanches "Jésus engendré, non pas créé". C'est là une différence importante.
Pour bien illustrer ce que peut représenter la paternité de Dieu pour les musulmans, on peut se référer au très beau témoignage, édité il y a quelques années, par une pakistanaise née musulmane et qui s'est convertie : Bilquis Sheikh. Le verbe "oser" reflète l'extrême audace qu'il faut à un musulman pour reconnaître que Dieu peut être un père.
Comme le musulman ne reconnaît pas Dieu comme un père, de même il ne se considère pas lui-même comme un fils de Dieu. Le musulman n'est pas fils de Dieu, il est serviteur ou esclave de Dieu : Abdallah. Voici deux illustrations assez parlantes pour illustrer ce fait. Premièrement, dans le Coran, l'Homme n'est pas créé à l'image et à la ressemblance de Dieu. Il est dit que Dieu créa l'Homme à l'image qu'il s'était faite de son projet de création. L'idée qu'il avait de l'Homme, voilà ce que signifie image dans le Coran. Cependant dans les deux cas, l'homme est placé au dessus de tous les êtres créés. Dieu dit dans le Coran : "nous avons certes honoré les fils d'Adam, nous les avons placés bien au dessus de ce que nous avons créé." Mais dans le récit biblique de la création, l'homme est mandaté par Dieu pour donner un nom à tous les autres êtres créés (animaux, végétaux, minéraux, etc.) tandis que dans le Coran, Adam apprend ces noms de Dieu lui-même : il n'est pas chargé de donner un nom à tout ce qui compose la Création.
Le deuxième exemple pour illustrer cette distance entre le Dieu du Coran et l'homme, c'est celle de la vision béatifique. Dans le Coran, pour décrire le Paradis des musulmans, on ne parle pas vraiment de vision béatifique. Quelques versets y font allusion, mais une allusion incertaine et transitoire. Qui plus est réservé à quelques uns seulement. On peut dire que pour le Coran, le Paradis est une vie terrestre améliorée, sur laquelle il s'étend beaucoup.
C'est à dire que selon le Coran, tout ira bien au Paradis, où le musulman sera dans le contexte identique à celui dans lequel il vit sur Terre, mais sans le mal, sans le travail, sans les maladies, sans tout ce qui fait souffrir. Ce sera aussi une "récompense" pour le musulman. L'appel du muezzin dit souvent "venez au succès"... selon un grand islamologue, le père Jomier, dans le paradis, le voile qui sépare Dieu et l'homme demeurera.
Jésus Christ
Cette transcendance du Dieu coranique est tellement absolue qu'elle exclue l'incarnation. L'incarnation pour les musulmans est un phénomène indigne de la grandeur de Dieu et de sa toute puissance. Que Dieu ait un fils, c'est pour eux un scandale. Or le chrétien situe l'incarnation dans le cadre de la rédemption.Nous savons que la rédemption est nécessaire pour racheter l'humanité des conséquences du péché originel. Mais il faut dire là que le Coran nie l'existence du péché originel. L'islam n'est donc pas une religion de salut.
Du coup, elle n'a pas besoin non plus d'un Dieu sauveur. Jésus n'est pas considéré comme sauveur. Le Coran ignore aussi la Passion de Jésus Christ. Il la conteste même. Pour lui, que Dieu ait accepté de sacrifier son envoyé sur une croix, c'est impensable. C'est encore une fois indigne de la toute puissance de Dieu...Donc le Coran nie la crucifixion : "ils ne l'ont pas tué, ils ne l'ont pas crucifié. Cela leur est seulement apparu ainsi." Donc pas de Passion, de même pas de Résurrection glorieuse de Jésus Christ. Le Coran dit simplement que Jésus a été enlevé au ciel et qu'il reviendra à la fin des temps comme un musulman, qu'il priera comme un musulman en direction de la Mecque...
Jésus dans le Coran est un prophète et seulement un prophète. En aucun cas Fils de Dieu. IL est chargé d'un double mission : d'abord apporter l’Évangile (Ingil en arabe). Cet Évangile est au singulier car du point de vue musulman, Dieu ne peut parler que par l'intermédiaire d'un seul livre. Pour eux, la pluralité de nos Évangiles est un signe de fausseté. La deuxième mission de Jésus consistait à annoncer Mahomet. Les musulmans croient que nous travestissons le nom de Paraclet, que nous ne donnons pas son vrai sens. Pour eux, le Paraclet c'est Mahomet et non l'Esprit Saint. Donc nous sommes accusés d'avoir falsifié l’Évangile en supprimant l'annonce de Mahomet...
Ce qu'on peut dire encore sur Jésus, c'est qu'il a bénéficié de privilèges exorbitants pour les besoins de sa mission. Par exemple il a bénéficié d'une naissance virginale. Il est né sans l'intervention d'un homme. Le Coran explique ceci en disant que "Dieu fait ce qu'il veut" et on situe la naissance de Jésus comme celle qui avait eu lieu pour Adam : comme Dieu avait dit "qu'Adam soit" et Adam fut, à un moment donné de l'Histoire Dieu dit "que Jésus soit" et Jésus fut. C'est le même principe, le même procédé.
Un autre privilège dont Jésus a bénéficié d'après le Coran, c'est celui d'accomplir des "prodiges". Le mot évoque une action spectaculaire et qui veut impressionner. Tandis le miracle, d'après nos Évangiles, étaient accomplis par bonté de la par de Jésus, par amour des hommes. Le Jésus du Coran fait des prodiges pour impressionner. Et il est dit dans la Coran qu'il le fait toujours "avec la permission de Dieu", pour bien montrer que ce n'est pas par sa puissance à lui qu'il accomplit ces prodiges.
Deux exemples de prodiges : Jésus d'après le Coran aurait parlé dès le berceau pour défendre sa mère qui était rejetée par sa parenté juive lorsqu'elle est venue présenter le nouveau-né alors que, pour le Coran, elle n'était pas mariée... Un autre prodige voudrait que Jésus ait animé des oiseaux d'argile. Ce qui est étonnant est de voir que ces prodiges sont empruntés aux évangiles apocryphes.
Le Jésus du Coran est toujours associé au nom de sa Mère : il est toujours dit "Jésus fils de Marie". Jamais le nom de Jésus n'est isolé. Cela a bien sûr une signification. Celle d'insister sur sa généalogie humaine et simplement humaine...
Enfin, le nom de Jésus dans le Coran, est à mentionner aussi : il est nommé "Issa", ce qui est un nom arabe sans signification. Ce n'est pas "Dieu sauve" comme dans la Bible. De même il faut savoir que les chrétiens arabophones, qui représentent environ 15 millions de personnes, ne disent pas Issa mais Yassu (vient de Yeshua en hébreux). Ce fait que le nom de Issa soit sans signification est également important à analyser : parce que dans les langues sémitiques, le nom représente toujours la personnalité et la vocation de celui qui le porte. Jésus c'est "Dieu sauve". Issa ce n'est rien du tout. Le Coran réfute donc la divinité du Christ. Citons un verset qui dit "impies sont ceux qui disent que Dieu est le Messie, fils de Marie"...de même le Coran refuse à Jésus toute connaissance du mystère divin : Jésus dit dans le Coran en s'adressant à Dieu "tu sais ce qui est en moi et je ne sais pas ce qui est en toi".
Marie
Marie est bien présente dans le Coran également. Son nom est toujours associé à celui de son Fils Jésus Christ. Elle bénéficie elle aussi de privilèges tout à fait extraordinaires. D'abord, c'est la seule femme dont le nom soit mentionné dans le Coran. Bien sûr, dans le Coran, des femmes apparaissent : des femmes qui ont beaucoup compté dans la vie de Mahomet - sa mère Amina, sa première femme Khadija (quand il était monogame, et qui l'a beaucoup soutenu dans sa prédication), sa femme préférée Aïcha (quand il était devenu polygame), sa fille préférée Fatima - mais aucune de ces femmes là ne sont mentionnées par leur nom. On y trouve le terme "épouses du prophète" par exemple, mais aucune femme, pas même Eve n'est mentionnée dans le Coran. Mais Marie bénéficie de ce privilège. Elle a même un chapitre - une sourate, la XIXème - qui s'intitule Maryam.
D'autre part, le Coran lui reconnait sa Virginité perpétuelle, mais ignore l'Immaculée Conception de Marie, puisque l'Islam ne reconnait pas le péché originel et ne reconnaît donc pas la nécessité de la Rédemption. Le Coran la présente cependant comme une femme digne d'être imitée. C'est un exemple de piété et de dévotion pour les musulmans. Normalement, les musulmans n'ont pas le droit de prier Marie, car en Islam il n'y a pas d'intercession. Ils peuvent l'admirer, l'honorer, mais pas la prier ce qui pour eux serait - selon des docteurs de la loi à tout le moins - de l'idolâtrie. Et pourtant il y a une véritable piété Mariale - au Liban notamment mais qui se développe de plus en plus en Europe - dans n'importe quel sanctuaire Marial autour de la méditerranée et même à Lourdes, il y a des musulman et surtout des musulmanes qui viennent prier. On peut penser que pour une musulmane, le fait qu'une femme soit nommée dans le Coran est plus ou moins valorisé, et que c'est pour elles un exutoire à leur situation d'infériorité par rapport à l'homme. Mais de plus en plus d'hommes viennent parier Marie. Cette dévotion se développe donc dans le monde musulman. Pour nous chrétiens, cela est digne d'Espérance. Nous pouvons à travers Marie apporter mystiquement Jésus dans sa vérité plénière aux Musulmans.
Conclusion sur le monothéisme
Dans le Coran, Dieu ne se révèle pas, il révèle sa Loi. Pour les chrétiens, Dieu se révèle. En Islam, il ne se révèle pas, ne révèle pas son mystère de Dieu Amour. Il ne se partage pas, ne se donne pas : l'Amour du Dieu du Coran n'est pas inconditionnel pour les bons et pour les méchants. Dieu aime, mais Dieu déteste aussi et il y a une notion d'arbitraire. Le Dieu du Coran crée, il gouverne, il dispense ses bienfaits. Les bienfaits dispensés pas Dieu dans le Coran prend pour les musulman le sens du mot "Miséricorde". Cela n'a pas le même sens que pour nous. En retour, Dieu attend la soumission de l'homme. "Islam" veut dire soumission, pas forcément l'amour de ses créatures. Le musulman n'est pas invité à aimer Dieu, il est invité par contre à lui obéir. Il y a là une différence essentielle entre le Dieu du Coran et le Dieu de la révélation biblique et de l’Évangile.
Voici quelques traductions très concrètes sur l'anthropologie musulmane. En Islam, on ignore la conception de la personne au sens chrétien du terme. Evidemment, nous savons ce qu'est la personne dans sa dignité par la connaissance du Dieu trinitaire, le Dieu Un en trois personnes. C'est ce Dieu qui nous révèle la dignité de la personne. D'où le fait que les droits de l'homme n'ont pas la même signification en Islam et en Christianisme.
De même en Islam il y a une méconnaissance de la Grâce, et pas de médiation non plus, donc pas de sacrement. En Islam on peut dire qu'il y a un clergé dans le sens où il y a un personnel clérical mais il n'y a pas de religieux au sens chrétien du terme, c'est à dire que les hommes de religion en Islam ne se consacrent pas à Dieu, et en général ils sont mariés. Car il faut dire aussi que le célibat est fortement désapprouvé en Islam, car signe de malédiction divine. Mahomet disait "le mariage c'est la moitié de la religion". C'est donc un acte de religion, mais pas de sacrement. Il n'y a pas d'intercession comme nous l'avons vu à propos de la Sainte Vierge, si bien que l'homme musulman est seul devant son Dieu. Pas de communion des Saints non plus, donc au niveau doctrinal on ne prie pas les uns pour les autres.
Heureusement, il y a des exceptions et dans le monde musulman il arrive que nous rencontrions des musulmans qui prient les uns pour les autres, ou qui nous demandent de prier pour eux. Il n'y a cependant pas de relation personnelle entre l'homme et Dieu. La prière musulmane est une prière essentiellement rituelle. Il y a les mystiques cependant mais il faut savoir que c'est un courant très minoritaire qui est apparu bien après la mort de Mahomet et souvent combattu par les pouvoirs en place. Cela dit, dans nos pays d'Europe se développe ce que beaucoup de musulmans appellent un "Islam du cœur", où des jeunes surtout veulent avoir une relation directe avec Dieu.
Pour finir, la notion de péché n'est pas la même en Islam et en Christianisme. Lorsque nous péchons, nous savons que nous blessons l'Amour de Dieu. Un musulman non : lorsqu'il pèche, il commet une infraction à une Loi révélée dans le Coran et le Pardon de Dieu est arbitraire, comme son Amour est arbitraire. "Dieu pardonne à qui il veut, il châtie qui il veut". Cela dit, les bonnes actions et l'observance des cinq piliers de l'Islam - la profession de foi islamique ("Il n'y a de Dieu que Dieu et Mahomet est son prophète"), les cinq prières rituelles, le jeûne du ramadan, l'aumône légale et le pèlerinage à la Mecque - comptent bien sûr pour obtenir le Pardon de Dieu mais nous, chrétiens, avons la chance d'avoir les Saints Sacrements en particulier celui de la Réconciliation : un musulman qui est conscient d'avoir gravement péché peut bien sûr se repentir dans son cœur et demander pardon à Dieu, mais il va rester toute sa vie avec ce poids sur sa conscience et il ne saura jamais de son vivant si Dieu lui a pardonné ou pas. C'est donc quand même un très grande richesse que nous avons nous chrétiens en comparaison.
L'Islam comme religion abrahamique
On entend fréquemment parler des "trois religions abrahamiques". C'est vrai que Abraham est très présent dans le Coran. Comme le Judaïsme et le Christianisme, l'Islam se réclame d'Abraham. Derrière cette référence à Abraham en réalité, c'est la question du prophétisme qui se pose. C'est vrai que lorsque nous ouvrons le Coran nous voyons qu'il y a des personnages bibliques. Il y en a 22 en tout et donc en particulier Abraham. Parmi les personnages bibliques qui son qualifiés de prophètes dans le Coran sont inclus aussi les Patriarches de l'Ancien Testament par exemple Adam, Noé, Moïse...
Ce que l'on doit dire ici, c'est qu'il s'agit d'emprunts bibliques qui sont décousus et déformés, qui ont valeur d'exemple en général pour l'édification des musulmans, mais qui ne sont pas inclus dans une histoire qui se suit. D'ailleurs le Coran n'est pas une Histoire. L'Islam a des histoires, il n'est pas une Histoire. C'est aussi une différence importante avec le Christianisme.
Abraham
Abraham pour le Coran est une figure éminente, il apparaît à de très nombreuses reprises et comme Marie, il a également une sourate qui porte son nom : "Ibrahim" en arabe. Abraham est considéré par les musulmans comme le premier des musulmans, le parfait musulman, le premier monothéiste pur et le père et le modèle des musulmans. Pour les musulmans, Abraham est le premier monothéiste déclaré de l'Histoire...et le parfaitement soumis...
Mais là, il faut bien voir les choses, c'est à dire que pour le Coran, seul l'Islam remonte à l'authentique tradition monothéiste d'Abraham. Nous pouvons avoir tendance à dire "les trois religions abrahamiques", mais un musulman authentique ne dira pas ça, sauf quelques uns qui sont vraiment engagés dans le dialogue interreligieux, mais l'immense majorité des musulmans est persuadée que ce ne sont que eux-mêmes qui sont d'authentiques descendants d'Abraham, que le monothéisme islamique est le seul véritable. Donc seul, du point de vue musulman, celui qui adhère à l'Islam appartient à la descendance d'Abraham. On a là encore un aspect contraire à la Tradition chrétienne : Saint Paul dit que Jésus est le seul descendant d'Abraham (Galates 3. 15-18) et ce passage de l’Évangile de Saint Jean où Jésus s'adressant aux juifs leur dit "Abraham votre père exulta à la pensée qu'il verrait mon jour. Il l'a vue et il fut dans la joie" (Jean, 8. 5-56).
Ce qu'on doit dire encore au sujet d'Abraham, c'est que l'Abraham de l'Islam est incomplet en comparaison de l'Abraham biblique. Il lui manque la double dimension de l'Alliance et de la Promesse. Dans le Coran, Abraham s'est bien soumis à Dieu et a accepté de sacrifier son fils unique qui d'ailleurs n'est pas nommé (on ne sait pas si c'est Isaac), mais l'histoire s'arrête là. Il a fait profession de monothéisme et c'est tout. Mais il n'a pas bénéficié en retour d'une Promesse de Dieu et de l'Alliance.
D'ailleurs l’Église n'accrédite pas formellement le rattachement de l'Islam à Abraham. Dans deux documents du Concile Vatican II où il est question des musulmans (Nostra Etate, qui fonde le dialogue interreligieux), on y énumère quelques valeurs de la vie des musulmans et on y parle d'Abraham "auquel la foi islamique se réfère volontiers" ce qui n'est pas une accréditation formelle. Également le texte Lumen Gentium, mentionné au catéchisme de l’Église Catholique n°841 où on dit "le dessein de Salut enveloppe également ceux qui reconnaissent le Créateur, en tout premier lieu les musulmans qui, en déclarant qu'ils gardent la foi d'Abraham, adorent avec nous le Dieu Unique".
Moïse
Moïse est le personnage de l'Ancien Testament qui est le plus cité dans le Coran. Il est représenté comme ayant reçu un Livre, la Torah pour le peuple juif, et comme ayant été un chef temporel et spirituel, ce qu'il a été bien sûr. Mais dans la logique musulmane, on fait de Moïse une préfiguration de ce que sera plus tard Mahomet, chef spirituel et temporel à la fois...
Cependant dans le Coran sont absents les grands prophètes d'Israël qui ont annoncé la venue du Messie. Isaïe, Jérémie, Ezechiel en particulier.
Mahomet
Mahomet est un personnage essentiel dans l'Islam. Tellement essentiel qu'on a mis son nom dans la profession de foi musulmane. Il est tellement important que l'on a pu parler de mono-prophétisme pour parler de l'Islam. Il est décrit dans le Coran comme le "sceau des prophètes", c'est à dire celui qui scelle la prophétie : après lui, plus aucun prophète ne devait venir. C'est aussi le beau modèle qu'il faut imiter le plus possible, c'est pour cela que les plus littéralistes des musulmans se taillent la barbe comme il était sensé se la tailler et portent la djellaba...
En tant que chrétien, on peut se dire qu'il est illégitime de comparer la vie de Mahomet à celle de Jésus avec tout ce qu'elle a d'extraordinaire de pureté, de bonté, de plénitude, alors que Mahomet a été un homme ordinaire avec ses défauts (il a fait la guerre, a été polygame, a pris du butin, il s'est vengé, il a dominé...). Bref il y a beaucoup de choses qui peuvent nous étonner que les musulmans aient tant de vénération pour cet homme. Mais ce qu'il faut bien comprendre pour les musulmans c'est que c'est normal, Mahomet n'était qu'un homme ordinaire qui ne s'est pas pris pour Dieu comme Jésus "s'est pris pour Dieu".
Les musulmans ne cherchent absolument pas à comparer Mahomet à Jésus. Mais est-ce que nous, chrétiens, nous devons considérer Mahomet comme un prophète ? Nous risquons d'être confronté dans notre relation avec les musulmans à cette question qui est une question piège : les musulmans disent facilement reconnaître Jésus comme un prophète et demandent en retour aux chrétiens de reconnaître Mahomet comme un prophète. Or un musulman qui reconnaît Jésus comme prophète est fidèle à sa foi alors qu'un chrétien qui reconnaîtrait Mahomet comme prophète deviendrait automatiquement musulman.
Ce qu'on peut dire du point de vue chrétien est qu'il y a chez Mahomet des "accents prophétiques", mais ça s'arrête là. Il est évident que si reconnaissions Mahomet comme un prophète nous contredirions la Révélation biblique. Cela voudrait dire que Dieu s'est révélé d'une autre façon à d'autres personnes or c'est impossible : Dieu ne peut se révéler en termes incompatibles et contradictoires entre eux sinon ce n'est pas Dieu, ce n'est pas la Vérité. Selon Dei verbum, la constitution dogmatique sur la Révélation de Vatican II, "aucune autre Révélation publique n'est à attendre avant la manifestation glorieuse de notre Seigneur Jésus Christ". Donc il n'y a qu'une Révélation. Et d'ailleurs l'Islam lui même ne se considère pas comme un accomplissement, bien qu'il prétende parfaire les religions antérieures qui auraient été falsifiée par les juifs et par les chrétiens. Mais il serait le rappel d'un pacte primordial conclu par Dieu avec les hommes aux origines. Et il a un livre unique
L'Islam comme religion du livre
Il est évident que l'Islam est une religion du livre, puisque c'est un livre qui est au coeur de la foi musulmane : le Coran. Pour les musulmans c'est la parole de Dieu faite livre et matérialisée en un livre. Par analogie, on pourrait dire que pour les musulmans, l'Incarnation c'est le Coran. C'est un livre incréé, qui a prévalu de toute éternité auprès de Dieu et qui a été donné a un moment de l'Histoire en "langue arabe claire" comme dit le Coran, une langue "inimitable". Ce qui est aussi le miracle de Mahomet. Car lorsqu'on demandait aux compagnons de Mahomet quels étaient les miracles qui accompagnaient sa prophétie, ces musulmans disaient : "c'est le Coran". Ceci explique l'importance de la langue et de la culture arabe pour tous les musulmans du monde : moins d'un quart des musulmans du monde sont arabes mais tous les regards des musulmans du monde convergent vers le berceau historique et politique et d’Islam qui est la péninsule arabique.
D'ailleurs la langue arabe est la seule langue liturgique admise pour la prière chez tous les musulmans du monde, ce qui pose évidemment problème aux non-arabophones. D'où les problèmes de traduction qui pendant très longtemps n'ont pas été admises par les musulmans parce que c'était soit disant altérer la langue de Dieu. Pour beaucoup de musulmans Dieu parle en arabe... Il y a une différence pour nous avec le latin : le latin exprime le sacré, mais il n'est pas sacré. Pour les musulmans, l'arabe est sacré...
Du coup ce livre incréé est valable pour les musulmans pour tous les temps et tous les lieux et son statut divin le rend intangible, ce qui nous pose problème dans nos relations avec les musulmans - mais même pour les musulmans eux mêmes - puisque l'exégèse au sens où nous l'entendons nous n'a pas la même signification en Islam, où l'on parlerait plus volontiers d'"interprétation". Du coup l'évolution des sociétés musulmanes a du mal à se faire puisque tout ce qui est prescrit par la religion musulmane doit être immuable. La violence, la femme, la liberté religieuse sont fixées par le Coran et sont normalement intangibles.
Différence du statut entre la Bible et le Coran
La bible est un recueil de livres "inspirés" mais écrits par des hommes avec l'inspiration du Saint Esprit, tandis que le Coran est une dictée de Dieu. Pour accréditer cela, les musulmans aiment dire que Mahomet était analphabète. C'est pour eux la preuve qu'il n'a ni composé, ni rédigé, ni écrit le Coran. Il a simplement été le transmetteur. Cela a des répercussions sur la notion de Tradition. En Islam, la notion de Tradition renvoie à quelque chose de figé, tandis que pour nous chrétiens la Tradition est une Tradition vivante.
Curieusement, l'Islam est une religion du livre mais elle qualifie les juifs et les chrétiens de "gens du livre". Nous bénéficions de cette appellation parce que nous avons été les détenteurs et les bénéficiaires d'écritures révélées. D'abord les juifs qui ont reçu la Torah par Moïse - ils l'ont falsifié selon le Coran - donc Dieu aurait envoyé Jésus - autre prophète - pour rectifier les erreurs commises par les juifs, avec l'Evangile falsifié soit-disant à son tour par les chrétiens, c'est pourquoi Dieu aurait envoyé Mahomet, sceau des prophètes, pour parfaire ces écrits falsifiés.
Mais cela dit, nous sommes considérés comme "gens du livre". Or nous savons bien que le Christianisme n'est en aucun cas une religion du livre, et nous pouvons insister beaucoup là-dessus : d'après le Catéchisme de la Religion Chrétienne n°108, "la foi chrétienne n'est pas une religion du livre, le christianisme est la religion de la parole de Dieu, non d'un verbe écrit et mué mais du Verbe incarné et vivant". Ce que l'on peut dire pour le christianisme est que c'est vrai, nous avons des Écritures, mais notre religion est une religion "à livre" et non pas "du livre". Comme dit précédemment, l'Islam a des histoires, le christianisme est une Histoire.
A ce titre de "gens du livre", les juifs et les chrétiens bénéficient d'une certaine légitimité dans la cité islamique autrement dit dans l’État où la religion islamique est la religion officielle. On appelle ce statut la "dhimmitude". C'est un néologisme qui vient de l'arabe dhimmi qui veut dire "protégé" mais on peut la traduire par sujétion, car les chrétiens et juifs ne sont pas acceptés à égalité parfaite avec les musulmans (à l'exception notoire du Liban, où la constitution reconnait une égalité parfaite entre chrétiens et musulmans, même si dans les faits ils sont marginalisés).
La citoyenneté des chrétiens dans le monde musulman n'est pas considérée à égalité avec les citoyens musulmans. En particulier, ils n'ont pas accès aux fonctions politiques. Quelques exceptions : Tarek Aziz en Irak, Boutros Ghali en Égypte. Mais ce n'est pas à partir de ces deux exemples qu'on peut déduire un modèle pour tous ces pays. Il y a donc des discriminations religieuses dans l'Islam. L'Islam n'a pas de liberté religieuse au sens où on l'entend dans le Christianisme : un musulman n'a pas le droit de changer de religion et de demander le baptême. Il y en a, c'est vrai, mais ils courent d'énormes risques, même au dans un pays comme le Liban. Le cas extrême est l'Arabie Saoudite où aucun chrétien n'a le droit de pratiquer notre culte.
Conclusion
Nous ne sommes pas préparés, nous chrétiens, à l'Islam qui arrive chez nous. Nous devons apprendre à le connaitre dans toutes ses dimensions : la dimension doctrinale et aussi les différentes façons dont les musulmans vivent leur religion parce qu'il n'y a pas que des intégristes, il y a aussi d'authentiques musulmans pieux.
Cela dit, l'Islam nous interpelle dans notre foi et dans notre identité chrétienne, c'est évident. L'Islam a le mérite de remettre Dieu dans la cité, il oblige à repenser la façon dont nous vivons la laïcité.
Aussi, l'Islam est toujours fort de notre faiblesse : faiblesse spirituelle et faiblesse morale. A ce moment l'Islam devient fort, et tout le reste suit : faiblesse du droit, de la politique, etc. Alors que devons nous faire face à l'Islam ? Nous reconvertir le plus possible au Christianisme bien sûr, mais aussi et surtout manifester Jésus Fils de Dieu aux yeux des musulmans en étant par toute notre vie un cinquième Évangile en chair et en os de façon à leur manifester la Vérité de Jésus Christ.
Ainsi pourrons nous dire comme Saint Paul : "ce n'est plus moi, c'est le Christ qui vit en moi."


 

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